Le mandat d’un commissaire aux comptes (CAC) est fixé par la loi à six exercices, précisément pour garantir son indépendance : il ne doit pas dépendre du bon vouloir annuel de l’entité qu’il contrôle. Dans notre article, prenons le cas d’une association. Cette règle soulève naturellement une question chez de nombreux dirigeants associatifs : que faire si la relation avec le CAC ne convient plus avant l’échéance des six ans ? La réponse est oui, un changement est possible, mais il obéit à un cadre strict qu’il faut impérativement respecter.
Fin de mandat ou révocation anticipée : deux situations à ne pas confondre
Il existe une différence fondamentale entre ne pas renouveler un commissaire aux comptes et le révoquer.
À l’échéance des six exercices, l’assemblée générale de la société peut librement décider de ne pas reconduire le commissaire aux comptes en poste, sans avoir à se justifier. Si l’association reste soumise à l’obligation de nommer un CAC, elle doit alors en désigner un nouveau. Si elle n’y est plus tenue, elle peut choisir de ne pas le remplacer.
En cours de mandat, la situation est bien plus encadrée : un commissaire aux comptes ne peut pas être écarté sur simple décision de l’association, sauf à s’exposer à des conséquences juridiques et financières. La loi prévoit des cas précis dans lesquels une fin anticipée est possible.
Dans quels cas peut-on mettre fin au mandat avant son terme ?
La démission du commissaire aux comptes
Le CAC peut démissionner de sa propre initiative, mais uniquement pour des motifs légitimes : cessation définitive d’activité, motif personnel impérieux (état de santé, par exemple), difficultés d’exécution de sa mission auxquelles il ne peut remédier, ou survenance d’un événement portant atteinte à son indépendance. Dans ce cas, le CAC suppléant prend automatiquement le relais, et l’association doit désigner un nouveau suppléant en assemblée générale.
Le décès ou l’empêchement du commissaire aux comptes
En cas de décès, le suppléant remplace immédiatement le titulaire. Il en va de même en cas d’empêchement (incompatibilité avec une autre mission, interdiction temporaire, suspension, radiation) : le remplacement est temporaire si l’empêchement l’est aussi, et devient définitif dans le cas contraire.
La récusation pour juste motif
C’est une procédure judiciaire qui doit être engagée dans les 30 jours suivant l’assemblée générale ayant nommé le CAC. Elle permet de demander au tribunal de commerce son remplacement, mais uniquement pour un juste motif : tout fait permettant de suspecter sérieusement sa compétence, son honorabilité, son impartialité ou son indépendance. Cette demande peut être portée par un ou plusieurs membres représentant au moins 5 % des droits de vote, ou par le ministère public.
Le relèvement judiciaire pour faute
À tout moment du mandat, le tribunal de commerce peut être saisi pour relever un commissaire aux comptes de ses fonctions en cas de faute avérée : mission mal exécutée ou non exécutée, mauvaise foi, intention de nuire à l’association, manquement à ses obligations légales, réglementaires ou déontologiques. Cette action peut également être engagée par des membres représentant au moins 5 % des voix, ou par le ministère public.
Le point essentiel à retenir : en dehors de ces situations encadrées par la loi, une association ne peut pas décider seule, en assemblée générale, de révoquer son commissaire aux comptes du jour au lendemain. Toute révocation prononcée sans motif légitime reconnu par un juge peut être annulée, et l’association peut être condamnée à verser des dommages et intérêts au commissaire évincé.
Les démarches à accomplir pour un changement de CAC
Que le changement intervienne en fin de mandat ou de manière anticipée, la procédure administrative reste similaire :
1. La décision en assemblée générale. La nomination d’un nouveau commissaire aux comptes se décide collectivement, par un vote de l’assemblée générale de l’association. Un procès-verbal doit consigner cette décision, en mentionnant le nom de l’ancien commissaire et celui du nouveau.
2. L’acceptation du nouveau commissaire. Le CAC nouvellement désigné doit fournir une lettre d’acceptation de sa mission.
3. La publication d’une annonce légale. Le changement doit être publié dans un journal d’annonces légales (JAL) du lieu du siège de l’association, ou sur un support habilité en ligne (SHAL).
4. Le dépôt du dossier de modification. Une fois l’annonce publiée, un dossier doit être déposé sur le guichet unique, comprenant notamment :
- le procès-verbal de l’assemblée générale ;
- l’attestation de parution de l’annonce légale ;
- la lettre d’acceptation du nouveau commissaire ;
- un justificatif de son inscription sur la liste officielle des commissaires aux comptes, si nécessaire.
Le délai légal pour accomplir ces formalités est de 30 jours à compter de l’assemblée générale. Le dossier est ensuite transmis au greffe, qui procède à la publication au BODACC.
Combien coûte un changement de commissaire aux comptes ?
Le dépôt du dossier sur le guichet unique est gratuit, mais la formalité de publication reste payante : elle représente environ 200 € en 2026, frais de greffe et publication au BODACC compris, auxquels s’ajoute le coût de l’annonce légale elle-même.
Le rôle du commissaire aux comptes sortant
Qu’il s’agisse d’une fin de mandat classique ou d’une révocation anticipée, le CAC sortant a l’obligation de transmettre au nouveau commissaire l’ensemble des éléments nécessaires à la poursuite de sa mission, afin de garantir la continuité du contrôle des comptes de l’association. Il peut également être amené à rédiger un rapport de fin de mission.
Ce qu’il faut retenir avant d’engager la démarche
- Un commissaire aux comptes ne peut pas être révoqué librement en cours de mandat : la loi n’autorise une fin anticipée que dans des cas précis (démission, décès, empêchement, récusation ou relèvement judiciaire).
- Une révocation sans motif légitime expose l’association à un risque d’annulation par le juge et à une condamnation à des dommages et intérêts.
- Dans tous les cas de figure, la désignation d’un nouveau commissaire aux comptes passe par un vote en assemblée générale, suivi de formalités de publicité (JAL) et d’un dépôt de dossier dans un délai de 30 jours.
- Le coût de la démarche administrative avoisine 200 € en 2026, hors honoraires éventuels d’accompagnement.
Se séparer d’un commissaire aux comptes ou en désigner un nouveau reste une décision structurante pour la gouvernance d’une association.
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